Echange avec notre ancien Président
Après huit années d’engagement au sein de l’Association des Commerçants Nice Centre Rive Droite, dont près de quatre ans comme co-président aux côtés d’Yves Albiser, Christophe Bremard a choisi de quitter ses fonctions pour se consacrer à ses nouvelles responsabilités municipales. Désormais conseiller municipal et métropolitain, subdélégué aux professions libérales et aux auto-entrepreneurs de Nice, il revient sur son parcours, les raisons de sa décision et sa vision de l’avenir du commerce de proximité.
Nice Centre Rive Droite : Vous exercez aujourd’hui de nouvelles responsabilités à la mairie de Nice. En quoi consistent-elles ?
Christophe Bremard : J’ai la responsabilité des relations avec les professions libérales et les auto-entrepreneurs. Cela représente des dizaines de milliers de Niçoises et de Niçois : professionnels de santé, avocats, architectes, experts-comptables, consultants, indépendants, artisans ou créateurs d’activité.
Mon rôle est d’être leur interlocuteur au sein de la municipalité, de faire remonter leurs difficultés et de construire des réponses concrètes. Stationnement, accessibilité, sécurité, démarches administratives, installation ou développement de l’activité : ce sont souvent des problèmes très pratiques qui peuvent rapidement devenir des obstacles au quotidien.
Je veux apporter dans l’action publique la culture du terrain et du résultat qui est celle de l’entrepreneur.
Nice Centre Rive Droite : Ces nouvelles fonctions s’inscrivent-elles dans la continuité de votre engagement associatif ?
Christophe Bremard : Totalement. Pendant huit ans, j’ai écouté les commerçants, relayé leurs attentes, organisé des animations et cherché des solutions avec les acteurs publics et privés.
Aujourd’hui, je poursuis ce travail à une autre place et avec de nouveaux leviers. Je reste convaincu que les meilleures décisions sont celles qui partent du terrain. Une politique publique ne doit pas être imaginée uniquement depuis un bureau : elle doit se construire avec ceux qui ouvrent leur établissement chaque matin, créent de l’emploi et font vivre nos quartiers.
Nice Centre Rive Droite : Quel regard portez-vous sur votre parcours au sein de l’association ?
Christophe Bremard : C’est d’abord une grande fierté collective.
Avec Yves Albiser, les membres du bureau, nos partenaires et tous les commerçants mobilisés, nous avons multiplié les animations, défendu le commerce de proximité et renforcé la visibilité de notre quartier. Nous avons créé des événements, fédéré les énergies et noué des partenariats solides.
Je quitte une association qui n’a jamais compté autant d’adhérents et qui dispose de plus d’une année de trésorerie. Cette solidité permet à la nouvelle équipe d’avancer, d’innover et de préparer sereinement les prochaines actions.
Mais au-delà des chiffres, je retiens surtout les rencontres, les projets et cette capacité à nous rassembler lorsque le quartier en avait besoin.
Nice Centre Rive Droite : Pourquoi avoir décidé de démissionner ?
Christophe Bremard : C’est un choix de cohérence, de transparence et de responsabilité.
Mes nouvelles missions municipales nécessitent beaucoup de disponibilité et d’énergie. Je ne voulais pas conserver un titre sans être en mesure de m’investir pleinement. Une association aussi importante a besoin d’une gouvernance présente, disponible et capable de préparer l’avenir.
Cette décision ne résulte d’aucun désaccord ni d’aucune divergence. Je reste adhérent, soutien et ambassadeur de l’association. Je quitte une fonction, mais certainement pas un engagement.
Nice Centre Rive Droite : Le commerce de proximité traverse une période difficile. Êtes-vous inquiet pour son avenir ?
Christophe Bremard : Je suis lucide, mais je refuse le fatalisme.
Le commerce doit faire face à la concurrence du numérique, à l’évolution des habitudes de consommation, à la hausse des charges, aux difficultés de recrutement et aux contraintes d’accès aux centres-villes. Ces réalités ne peuvent pas être minimisées.
Mais je refuse que l’on cède à la facilité en expliquant que le déclin du commerce physique serait inévitable. Ce discours est trop commode. Il finit par justifier l’inaction et par transformer une évolution difficile en fatalité.
Le commerce de proximité n’appartient pas au passé. Il répond à des besoins essentiels : le conseil, le lien humain, la confiance, le service, l’expérience et la vie de quartier. Encore faut-il lui permettre de se transformer.
Nice Centre Rive Droite : Comment le commerce doit-il justement évoluer ?
Christophe Bremard : Le commerce d’aujourd’hui ne ressemble déjà plus à celui des années 1990, et celui de demain sera encore différent.
Il devra être plus agile, plus spécialisé, plus connecté et davantage tourné vers l’expérience client. Le numérique et l’intelligence artificielle ne doivent pas être réservés aux grandes plateformes. Ils peuvent aussi aider un commerçant à mieux communiquer, fidéliser ses clients, valoriser ses produits ou gagner du temps.
Il ne faut donc pas opposer le commerce physique au commerce numérique. L’avenir appartient à ceux qui sauront réunir le meilleur des deux : la puissance des outils modernes et la force irremplaçable de la relation humaine.
Le commerce va s’adapter, se modifier et se renouveler, comme il l’a toujours fait. Notre responsabilité est de l’accompagner dans cette transformation.
Nice Centre Rive Droite : Quelle politique faut-il mener pour préserver des centres-villes vivants ?
Christophe Bremard : Nous avons besoin d’une véritable politique du commerce, construite dans la durée. Elle doit agir simultanément sur l’accessibilité, le stationnement, la sécurité, la propreté, l’animation, la fiscalité, la diversité commerciale et l’accompagnement numérique.
Une boutique ne vit jamais seule. Elle dépend de tout un environnement : la qualité de l’espace public, les flux de visiteurs, la facilité d’accès et l’attractivité générale du quartier.
Il ne suffit donc pas d’organiser quelques événements pour prétendre soutenir le commerce. Il faut une stratégie cohérente, des objectifs précis, une coordination réelle entre les acteurs et une évaluation des résultats.
Nice Centre Rive Droite : Quel message souhaitez-vous adresser aux commerçants ?
Christophe Bremard : Je veux leur dire que je connais leurs difficultés, mais que je crois profondément en leur avenir.
Nos commerces sont bien davantage que des lieux de consommation. Ils créent de l’emploi, entretiennent le lien social, sécurisent nos rues et donnent une identité à nos quartiers. Une ville sans commerces de proximité devient une ville sans rencontres et, progressivement, une ville sans âme.
L’avenir ne consistera pas à reproduire le commerce d’hier. Il faudra inventer celui de demain. Cela demandera de l’audace aux commerçants, mais aussi une vision et un engagement fort de la puissance publique.
Je quitte la présidence de l’association, mais je demeure aux côtés de ceux qui entreprennent et font vivre Nice. Mon engagement continue, avec la même conviction : le commerce de proximité a un avenir si nous décidons collectivement de le construire.


